On n’a pas été privé de désert dans le Gobi

Les photos

Lundi 28 Mai : Immersion rapide et réussie au coeur de la vie nomade (Yves)

Après deux jours d’escale à Oulan-Bator, nous entamons ce lundi notre vie de nomades. Notre premier voyage doit nous conduire à Baga Gazriin Chuluu, aux portes du Gobi, à 200 km au sud de la capitale.

Nous levons le camp à 7 h 30 du matin en compagnie de Rdeka, notre chauffeur et de Bujin, notre guide mongole.
Très peu de gens parlant anglais ici et les rares panneaux de signalisation étant tous en cyrillique, nous avons en effet pris le parti de solliciter une agence (Ecovoyage Mongolie) pour partir à la découverte du pays de Gensis Khan.

Malgré l’heure matinale, le centre de la capitale est déjà complètement embouteillé. Il y a des voitures dans tous les sens.

« C’est tout le temps comme ça, nous explique Bujin. Les Mongols conduisent leurs voitures comme ils montent leurs chevaux. »

Mieux vaut avoir le coeur bien accroché. Un vrai spectacle à lui tout seul.

Après une heure à slalomer entre les voitures, nous parvenons enfin à nous extirper d’Oulan-Bator. La transition est à la fois surprenante et brutale. En l’espace de quelques hectomètres, nous passons en effet de l’agitation d’une capitale à l’immensité et au calme de la steppe mongole.

Il n’y a que trois millions d’habitants en Mongolie pour un territoire grand comme trois fois la France. Et plus de la moitié d’entre eux vit à Oulan Bator. Autant dire que que l’on peut faire des dizaines de kilomètres ici avant d’apercevoir l’ombre d’une yourte.

Nous roulons toute la matinée sur un long ruban de bitume posé au milieu de la steppe. Première surprise, il n’y a pas un arbre à l’horizon. Les seules éléments de perspective sont les chameaux et les troupeaux de chèvres et de chevaux qui grattent le sol à la recherche de quoi manger dans ce royaume pelé (PS : aucun lien de parenté avec le footballeur).

Nous sortons de l’hiver ici (il a encore neigé à Oulan Bator la semaine dernière) et la steppe commence à peine à être recouverte d’une fine pellicule verte annonciatrice de l’arrivée des beaux jours.

Vers midi, nous quittons la route pour nous engager sur une piste caillouteuse et escarpée. Nous voilà déjà aux portes du Gobi, dans une région semi-désertique. Il est prévu que nous passions l’après-midi et la nuit auprès d’une famille nomade. Mais encore faut-il réussir à la localiser. Nous nous arrêtons demander notre chemin à un éleveur qui veille sur son troupeau au guidon de sa moto. Il nous montre l’horizon avec son doigt. C’est bon nous allons dans la bonne direction ! En revanche, difficile à dire à quelle distance se trouve notre famille d’éleveurs. Bujin nous explique que les nomades ont deux façons d’indiquer les distances. S’ils pointent l’horizon avec le doigt tendu, c’est que ce n’est pas tout près. En revanche, plus le doigt est recourbé et plus la distance est courte. Et là, le doigt était un peu recourbé, ce qui veut dire que le camp de nos hôtes se trouve à moins de 100 bornes d’ici. Débrouillez-vous avec ça !

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Finalement après une heure à être secoués comme des bouteilles d’Orangina, nous tombons avec un brin de chance sur le père de famille. Ce dernier est en train de dresser une yourte, au dessus d’un vert pâturage.

Les nomades mongols changent de place à leur campement trois à quatre fois pas an (à chaque changement de saison généralement). Seul le campement d’hiver se situe toujours au même endroit. Les autres sont déterminés en fonction de la qualité des pâturages et des besoins du troupeau. Et là, nous arrivons en plein déménagement  !!! La famille s’apprête à quitter son camp d’hiver pour rejoindre un nouveau camp de printemps. C’est pour cela que nous avons eu autant de mal à la trouver.

Après un premier aperçu de l’hospitalité mongole autour d’un plat de riz et de viande d’agneau séchée, nous faisons un peu plus connaissance avec nos hôtes. Narka (le papa) et Mindé (la maman) ont trois enfants (deux filles de 21 et 13 ans, un garçon de 5 ans). Les deux filles sont parties étudier à la ville et ne reviennent qu’une fois tous les deux mois. Seul Moukot, le petit dernier vit avec eux. « Mais vous allez devoir patienter un petit peu avant de faire sa connaissance, nous prévient Mindé. Moukot est berger. Il est dans les collines. C’est lui qui veille sur notre troupeau ». Et nous qui hésitons parfois à laisser nos enfants tout seul à la maison quand on part faire les courses… Autre monde, autre culture.
Ce n’est qu’en milieu d’après-midi que Moukot pointera sa petite bouille toute arrondie à l’entrée de la yourte. Le troupeau est sur le point de rentrer et il faut auparavant isoler les jeunes chevreaux nés au printemps pour qu’ils ne viennent pas téter le lait de leur mère avant la traite. Tout heureux de trouver trois copains, Moukot invite nos trois gars à l’aider dans sa tâche. Il faut courir après les jeunes, les attraper, puis les porter jusqu’à un petit enclos. Même s’il fait son show en chevauchant un mouton façon rodéo, Moukot nous épate par sa maturité. Il montre du doigt aux garçons les chevreaux qu’ils doivent attraper. Saïk, qui traditionnellement n’est pas très rassuré avec les animaux, s’éclate comme un fou. « Je ne savais pas qu’agriculteur était un métier aussi génial », nous lance-t-il en chevauchant un mouton à son tour.

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Puis nous participons à la traite des chèvres et des brebis en compagnie de toute la famille. Ici la traite se fait bien évidemment à la main. Notre mission : attraper les bêtes et les tenir par les cornes pendant que Mandé et Bujin s’affairent à extraire le lait du pis des animaux. Nous remplirons deux seaux de lait.

Après une petite balade dans les collines alentours, nous retrouvons Narka et Mindé sous la yourte à l’heure du dîner. On a l’impression d’être dans Voyage en terre inconnue, l’émission de Frédéric Lopez ! Grâce à Bujin, qui joue les interprètes, nous vivons un incroyable moment d’échange et de partage avec la famille autour d’une soupe. Narka nous parle de son métier d’éleveur, de ses bêtes sans nous préciser combien il en possède « car cela attirerait le mauvais esprit ». Il évoque également l’hiver qui a été particulièrement rude cette année. « Il a tellement neigé qu’il est arrivé que la couche de neige dépasse la porte d’entrée de notre yourte (environ 1,40 m). »

Mindé, elle, est sous le charme des enfants. Elle est fan de Merlin. Et passe le reste de son temps à caresser les cheveux de Saïk qu’elle a rebaptisé Boucles d’or. Elle a d’ailleurs profité d’un instant dans l’après-midi pour lui tresser deux nattes de chaque côté de la tête. Notre blond n’a pas osé lui dire que cela lui faisait encore plus une tête de fille, mais ce n’est pas l’envie qui lui manque… Mindé observe aussi beaucoup Malo. Sous le sceau de la confidence, elle nous dira un peu plus tard que si ce dernier avait été son fils, elle l’aurait appelé Mer calme, tant il est serein et posé.

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Après avoir partagé un bol de lait de chèvre avec eux, nous rejoignons notre yourte qui nous attend sous un magnifique ciel étoilé. Nous sentons tous très fort la chèvre et le bouc. Mais il en faudrait bien plus pour nous faire oublier cette première journée en pays nomade.

Mardi 29 mai : en route vers Yolinj (Estelle)

Notre première nuit sous la yourte s’est bien passée. Nos voisins chèvres et moutons n’ont pas été trop bruyants. Il est 7:30 quand on sort de la yourte. Narka, le papa est déjà au travail : autour de son bétail. Moukot nous guettait et s’empresse de venir nous saluer. Minde a fait chauffer l’eau pour notre petit déjeuner sur le poêle au milieu de la yourte… et Bujin a prévu pain, confiture et céréales pour ses touristes français. Les enfants apprécient les chocopops, Moukot aussi d’ailleurs… Ça le change du bouillon à la viande séchée.

Merlin s’empresse d’avaler son bol pour profiter jusqu’au bout du terrain de jeu sans limite que représentent pour lui la steppe et les rochers entourant le campement.
Ses frères le rejoignent. Moukot doit rassembler le troupeau… pas de souci, il a 3 aides bergers.

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Du haut de ses 5 ans, il nous dit au revoir et part surveiller son troupeau d’environ 400 têtes dans la steppe alentour. Ça impressionne tout le monde et suscite le respect de nos enfants.
Narka nous salue avec réserve mais avec un grand sourire. Et Minde nous prend dans ses bras et nous renifle – signe de bienveillance et de lien tissé, pour nous dire au revoir. Elle trouve qu’on sent bon > je trouve pourtant qu’on sent fort le bétail et la poussière.

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On s’apprête à partir mais notre chauffeur Rdeka n’est plus là. Il est couché sous la voiture d’Antoine et Clémence : deux Nantais partis hier d’Oulan-Bator avec la même agence que nous. Les deux chauffeurs s’affairent pendant une demi-heure et c’est reparti. Nous partons devant : direction le parc national Gurvan Saikhan dans le Gobi.

On roule 45 minutes sur une piste bien rude pour rejoindre le village de la région, et de là on met le cap au sud vers la ville de Dalanzagdag.
On s’arrête déjeuner dans un routier – l’unique resto à 2 heures à la ronde. On nous regarde avec insistance, c’est pas souvent que des têtes blondes doivent s’arrêter ici.
On roule encore 3 heures pour atteindre la ville régionale de Dalanzagdag.

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On s’arrête faire des provisions et on met le cap sur le campement de la famille d’éleveurs sensée nous accueillir pour les deux prochaines nuits. Mais il n’y a plus de place chez eux, ils n’ont jamais reçu le message de Bujin annonçant notre arrivée. Les communications sont compliquées dans cette région du monde. La wifi n’est pas encore arrivée jusque là. Tiens ça nous rappelle le Sud Lipez, ses auberges pleines malgré les réservations et la difficulté de joindre les gens par téléphone.

Pas de souci, pour autant on trouve refuge dans un petite homestay à deux pas de là. Trois yourtes très mignonnes et très propres qui viennent d’ouvrir. Bujin est un peu embêtée : elle nous avait promis un élevage… les enfants auraient bien aimé, mais je dois dire que j’apprécie finalement l’absence de bêtes alentour.

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On cherche le point d’eau : on ne trouve qu’un bidon de 5 litres pour 9 personnes (nous 5, notre guide, le chauffeur et les deux hôtes > c’est pas ce soir qu’on va se laver !

Tant pis, le calme des lieux et la beauté pure du crépuscule sur le désert et les montagnes de ce bout d’Altaï nous font bien vite oublier notre envie de douche.

Mercredi 30 Mai : Balade dans le canyon du Gipahit Barbu ou Yolanda Am en mongol (Saïk)

Ce jour-là j’avais fait une bonne nuit, car la nuit d’avant je venais de très mal dormir. Nous sommes allés voir un musée sur les animaux du Gobi, c’était très intéressant. Nous avons vu un léopard des neiges empaillé, des loups et des oiseaux – de la mouette (enfin un oiseau qui y ressemble) au vautour. 

Nous avons ensuite roulé pendant 15 minutes avant d’arriver à un sentier de rando. Bujin nous a expliqué que c’était un sentier pour randonner dans un canyon dans lequel la rivière est toujours un peu gelée.
On a vu des yaks (nos premiers en Mongolie) et des paysages très spécifiques : de grandes montagnes de roche avec des gipahits barbus (une sorte de grand rapace avec une petite barbichette).

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Au bout de 30 minutes de rando, un monsieur nous a dit de venir voir les bouquetins. Des bouquetins, c’est un peu comme une chèvre mongole avec des plus grandes cornes et une agilité sur la roche digne d’un singe sur son arbre. 

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Nous en avons vu un ce qui est déjà rare : notre guide Bujin  en avait vu seulement 4 depuis qu’elle fait des tours. On l’a regardé, puis un autre bouquetin est sorti, puis un autre, et enfin ils étaient un troupeau de 10. C’est extrêmement rare de voir un troupeau de ces animaux. Nous avons eu beaucoup de chance.

Nous avons ensuite fait un barrage pendant que Bujin allait chercher le pique-nique avec le monsieur qui avait repéré les bouquetins sur sa moto. Nous avons pique-niqué avant de continuer à marcher jusqu’à un virage où le canyon devenait très étroit. À la fin, la glace bloquait l’entrée, et cela pouvait être dangereux de se promener sur la glace. On a donc fait demi-tour.

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C’était joli mais à la fois très bizarre car il faisait chaud mais il y avait de la glace. Après on est rentré chercher de l’eau au puit,  on s’est douché (enfin rincé) et on a fait de la lessive. Tout ça avec seulement 15 litres d’eau ! On a ensuite aidé Bujin à cuisiner , 

Au menu :
Sushis mongols, ratatouille et du riz
Et on s’est endormi.

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Jeudi 31 mai : Journée de piste pour rejoindre la dune de Konghoryn Els (Yves) 

Après notre balade d’hier dans le canyon gelé de Yolanda Am, nous reprenons notre route ce matin. Si tout va bien, nous devrions dormir ce soir sous la yourte d’une famille d’éleveurs de chameaux au pied des majestueuses dunes de Khongoryn Els, en plein cœur du désert du Gobi.
Mais avant d’arriver jusque là, une longue journée de route nous attend. Bujin, nous a d’ailleurs prévenus que cette dernière serait éprouvante. Car si moins de 200 km séparent les deux endroits, il n’existe qu’une piste bosselée et cassante pour traverser le désert.

Notre première mission du jour consiste à trouver un puit pour reconstituer nos réserves d’eau.
Depuis que nous avons quitté Oulan Bator, nous avons en effet basculé dans un environnement auquel nous n’avions pas encore été confrontés depuis notre départ de France.
C’est une chose d’avoir conscience de la problématique de l’eau à travers le monde. C’en est une autre d’y être réellement confronté au quotidien. Exit l’eau courante et tous ses avantages. Dans le sud de la Mongolie, la seule priorité reste juste de trouver de l’eau pour alimenter les hommes et accessoirement les troupeaux. Tout le reste est secondaire.
Cela fait quatre jours que nous n’avons pas aperçu l’ombre d’une douche (et cela risque de durer encore quelques jours…) Mais finalement, c’est comme pour tout, on apprend à faire avec. Hier soir, nous avons même réussi à nous laver tous les cinq de façon quasi intégrale (à l’exception des cheveux) avec cinq litres d’eau que nous étions allés chercher au puit (on sentait toujours très fort la chèvre depuis notre journée de lundi au milieu du troupeau de Narka et Mindé). Ce qui nous a permis d’ouvrir un débat avec les gars sur le poids de notre consommation d’eau en France…

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Après avoir refait le plein de nos bouteilles, nous entamons notre traversée du Gobi. Bujin n’avait pas menti : la route est belle mais… infernale. Cela saute, cela secoue, cela remue dans tous les sens. Nous mettons nos écouteurs sur nos oreilles et laissons filer le temps en regardant le paysage défiler au rythme de nos playlists préférées. 

À midi, nous nous arrêtons au sommet d’une dune pour déjeuner. Bujin a prévu des pâtes lyophilisées. Mais pour les manger encore faut-il réussir à faire chauffer de l’eau. Cette partie du Gobi étant aussi pelé que le crâne de Fabien Barthez, ce n’est pas ici que nous allons trouver du bois. Boujin nous confie alors une étonnante mission : sillonner à pied les environs à la recherche de… crottin séché, le combustible préféré des nomades.
Après une demi-heure à arpenter les dunes, nous sommes de retour à notre voiture avec un sac rempli à ras bord de crottin de cheval et de chameau. Et c’est radical. Notre feu de camp s’allume au premier coup de chalumeau. Cinq minutes plus tard, l’eau frémit déjà. On peut savourer nos pâtes. Vive le système D ! (Enfin le système C…rottes ici en l’occurrence).

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Finalement, après deux nouvelles heures de shaker, nous arrivons enfin à la yourte de Nyamdavaa (dimanche lundi) et de Chimgee (le bijou), le couple d’éleveurs de chèvres et de chameaux chez qui nous avons prévu de passer les deux prochains jours. Leur camp est situé dans un cadre incroyable. En plein désert. À quelques encablures seulement des impressionnantes dunes de Khongoryn Els qui barrent l’horizon, tel un mur géant, sur plus de 100 km de longueur. 

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Nous ne sommes pas les seuls : nous y retrouvons en effet Clémence et Antoine, un jeune couple de Nantais très sympas que nous avons déjà croisé à plusieurs reprises ces derniers jours. Ils ont posé leurs vacances d’été en juin et profitent de leurs congés pour s’offrir un tour de la Mongolie. Leur présence ici vient aussi nous rappeler combien la ligne d’arrivée approche désormais pour nous.
Finalement, cela tombe bien que nous soyons nombreux, car Chimgee a prévu de profiter du fait que le vent soit tombé pour monter une nouvelle yourte dans son campement d’été. Nous participons tous ensemble à la construction de cette dernière. En moins d’une demi-heure, la nouvelle yourte est installée. Une expérience d’autant plus sympa que c’est finalement sous ce toit que nous passerons la nuit.

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Après le dîner, nous décidons de mettre le cap sur la fameuse dune qui nous hypnotise depuis notre arrivée ici. Même s’il est un peu tard, nous décidons de nous attaquer à l’ascension de cette dune, haute de plus de 300 mètres (soit près de trois fois la dune du Pilat). Un vrai défi sportif et une sacrée séance de cardio. Il nous faudra en effet près de 45 minutes d’escalade pour atteindre le sommet à la nuit tombante. Mais le jeu en valait la chandelle. Car le panorama est superbe et la descente fabuleuse. Les dunes de Khongoryn Els sont également appelées Duut Mankhan (dunes chantantes), en raison du son provoqué par les mouvements du sable lorsque l’on marche dessus.

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Nous terminons cette journée les pieds dans le sable, au son de la plus incroyable des symphonie. Décidément, la Mongolie n’a pas fini de nous surprendre…

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Vendredi 1er juin : Journée des enfants et tempête de sable au pied de la dune (Merlin)

On a commencé par prendre un bon petit déjeuner, puis on a fait les leçons. Ça a duré une heure. J’avais une camarade de classe aujourd’hui. Bujin, notre guide, a fait avec moi les exercices d’orthographe sur l’accord de l’adjectif qualificatif. J’ai même corigé son travail. 

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On a mangé un très bon repas 🥘, puis on a fait la sieste. On a passé un long moment à lire tranquillement : j’en suis au tome 27 de la Cabane magique. Saïk lit 20 000 lieues sous les mers et Malo Le Parfum.
On a aussi joué aux échecs. En fait, on a passé une journée très tranquille, c’était bien. À 17h, on a fait un tour sur le dos des chameaux de la famille. C’était sublime malgré la tempête de sable. On avait la vue sur la dune. Ça a duré une heure, c’était suffisant car ce n’était pas confortable...
Le chameau de maman a craché sur Saïk. L’animal saignait du nez car il s’était battu avec son copain. 

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En rentrant nous avons été accueillis par les enfants de la famille (5 et 8 ans). Hier, ils n’étaient pas là car ils étaient à l’école au village à 45 km par la piste, soit plus de 2 heures de route. Les enfants ne rentrent chez eux que pour les vacances ou des fêtes. Aujourd’hui c’est la fête des enfants en Mongolie – une sorte de petit Noël où on fait plaisir aux enfants en leur donnant des bonbons et en leur proposant des activités pour eux. C’est pour ça que les enfants étaient rentrés chez eux!
On a joué ensemble à l’avion, aux osselets, aux échecs. On a mangé des pâtes, c’est maman qui les avait faites avec de la viande 🍖 de chameau séchée. 

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Avant de dire bonne nuit à tout le monde, le papa mongol nous a joué un peu de musique sur sa guitare mongole (la Morin Huur) avec un cheval au bout du manche. 

Samedi 2 juin : Cap sur les falaises flamboyantes de Bayarzag et sur la première douche (Estelle)

Lever à 6:30 ce matin, la tempête d’hier soir a laissé place à une aube tranquille. Le ciel est d’un bleu limpide. La dune est magnifique avec ses nuances au lever du soleil. Cette dune qui nous regarde depuis deux jours est majestueuse et change constamment. C’est un beau spectacle vivant.

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En voiture tout le monde, direction Bayarzag ses falaise rouges et ses fossiles d edinosaures à 100 km de piste d’ici.

La route est toujours aussi rude… Comment la voiture de Rdeka tient le coup ?… Le temps qu’il passe autour de son véhicule chaque soir est certainement à l’origine de la bonne santé du van coréen. 

On traverse encore des paysages fabuleux : on est seuls au monde… il n’y a même pas d’animaux sur les deux premières heures de route. On s’arrête au beau milieu de notre chemin pour prendre un thé chaud et manger un morceau de pain… Le vent cinglant nous oblige à manger dans la voiture.
On traverse ensuite des steppes plus planes, des gazelles nous escortent et nous laissent rêver à une course entre ses sprinteuses du désert et les meilleurs champions. 

À 11h, on croise notre premier véhicule : on a roulé 4 heures sans voir personne. Si ce n’est des gazelles du désert.
On arrive un peu avant midi à Bayarzag… ce soir on loge dans un camp touristique : une sorte de camping de yourtes. Qui dit camping dit douche. Yes ! La première après cinq jours… vivement ce soir.
Finalement la douche viendra plus vite que prévue. Nous avions envisagé de découvrir les falaises rouges en cours d’après midi..  mais la tempête de sable nous a rattrapés..  On reste donc tranquillement au campement… et on peut profiter de la douche. Douche est un un grand mot, vous dirait Yves : il a du finir de se rincer à la serviette faute d’eau dans la réserve. 

Comment occuper toute la family un deuxième jour off ? Ce n’est finalement plus un casse-tête pour nous : avec du papier et du scotch les enfants se sont créés un jeu d’échecs. On a aussi profité de l’occasion pour mettre à jour nos comptes rendus.

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Dimanche 3 juin : à la découverte des falaises rouges de Bayanzag (Malo)

Après avoir été contraints, par une tempête de sable, de rester dans notre yourte hier, nous allons, aujourd’hui, aller voir les falaises de feu, réputées pour les os de dinosaures découvertes dans celles-ci.
C’est revigorés, après une bonne nuit de sommeil, que nous nous sommes réveillés en ce dimanche 3 juin. Un petit-dej englouti plus tard et nous étions déjà partis à la découverte des falaises de feu.

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Les falaises de Bayanzag, plus connues sous le nom de falaises de feu (nom que leur a donné le paléontologue américain Roy Chapman) ont été le théâtre de fouilles archéologiques (et de trouvailles) assez exceptionnelles. Au début des années 1920, une équipe de chercheurs américains y a découvert des oeufs de dinosaures pour la première fois de l’histoire. Et comme si la découverte des oeufs ne suffisait pas, ils ont aussi mis au jour plus d’une centaine de dinosaures en l’espace de deux ans.

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Nous avons, nous aussi, bien cherché des traces de dinosaures sur le site, mais nous n’avons, malheureusement, rien trouvé si ce n’est des cailloux. Nous avons quand même bien apprécié le paysage, digne de l’ouest américain, visible du haut des falaises.

Même s’il n’y a plus aucune trace des dinosaures aussi, on a déjà vu les squelettes trouvés ici. Et cela remonte à… 4 longues années. En fait les squelettes de Bayanzag sont exposés au Musée d’histoire naturelle de New York. On avait eu la chance d’y aller à Noël 2013.

Une fois le tour du site à peu près fait, nous sommes montés dans la voiture et avons mis le cap vers le nord et notre yourte du soir.
Outre une petite pause dans une forêt d’arbres du désert nous ne nous sommes pas arrêtés avant la pause déjeuner. Bujin avait prévu que nous mangions dans une petite cantine située dans un village au beau milieu du désert.

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Nous avons joué un petit peu avec des enfants en attendant notre repas sur la place centrale du village. Nous sommes ensuite passés à table. Au menu : raviolis de mouton. Le ventre plein, nous avons repris la route, direction le campement où nous allons dormir ce soir et demain. Après une heure de route, nous sommes arrivés à destination. La yourte d’hôtes était située près d’une petite rivière et d’un monastère.

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Nous avons joué dans la rivière, fait une balade et joué au basket avec le fils des propriétaires de la guest-house avant de manger et de nous coucher, à nouveau tout propres puisque nous avons refait une douche ce soir : 2 douches en 2 soirs, vous vous rendez compte ! Après 5 jours sans se laver, ça fait bizarre.

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Lundi 4 juin : Journée inattendue près du monastère de Ongyin (Estelle)

Ce matin, on prend le temps de se réveiller tranquillement. Une seule visite aux ruines du  monastère voisin est à notre programme. La journée va s’étirer tranquillement dans cette petite vallée du Ongi presque asséchée.
Hier déjà nous avons étiré le temps entre jeux autour du filet d’eau et balade le long du petit ruisseau.
On a prévu de placer un temps de travail scolaire important ce matin – la salle collective de la Guest House s’y prête bien. Et on ira visiter le monastère dans l’après-midi.
Mais il y a des jours où rien ne se passe comme prévu. Et aujourd’hui est un jour comme ça. Et on adore ça…

Au petit déjeuner, Bujin nous annonce qu’aujourd’hui c’est fête ici. Le fameux Naadam, cette fête traditionnelle chère aux Mongoles. Génial, on est chanceux. Dans toutes les contrées mongoles, ce rassemblement est organisé à différents moments de l’année. Au début du voyage, Bujin nous avait dit qu’il était impossible de prévoir d’assister à un Naadam  ! Ça dépend du calendrier lunaire, ce sont les moines locaux qui décident ! »

Alors on laisse le cartable à sa place, on part visiter le monastère ce matin et on participera au Naadam cet après-midi. Pas de souci. 

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Le monastère d’Ongiin Khiid était autrefois l’un des plus grands de Mongolie et regroupait plus d’un millier de lamas – les moines locaux. Il fut complètement détruit lors des purges russes communistes de 1937. Il n’en reste que des ruines sur une vaste étendue et un petit temple restauré dernièrement où nous prenons au frais un cours de bouddhisme mongole auprès de Bujin.

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On déambule ensuite parmi les ruines de ce qu’on imagine avoir été un haut lieu de la vie religieuse mongole, on rejoint la montagne sacrée en haut de laquelle trône un Dieu – dont on a oublié le nom… et à qui la fête de l’après-midi sera dédiée.
Les enfants ont d’avantage la tête tournée vers le petit ruisseau où ils s’empressent d’aller faire des barrages que vers la statue dorée.
Nous rentrons déjeuner à la yourte d’hôtes vers 13 h.

Personne n’est vraiment capable de nous donner un horaire et un lieu pour le Naadam, ce n’est pas surprenant, c’est comme ça à la campagne, nous assure notre guide.
Elle décide de nous amener en voiture rejoindre un groupe d’enfants venu des villages alentours et qui déjeune à l’ombre d’un préau à proximité.
Il leur faut prendre des forces à ces petits de 6 ans : ils viennent des 3 villages alentour … mais les villages en question sont à plus d’une heure de route du lieu où on se trouve.
Yves retrouve un petit garçon avec qui il a joué hier lorsqu’on s’est arrêté déjeuner au village – 2 heures avant d’arriver ici. C’est le petit bonhomme qui l’a reconnu et vient lui demander un high five (un check pour les Français)

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On suit la caravane des minis bus russes et des 4X4 où s’entassent les enfants.
Après 10 minutes de route, on s’arrête au beau milieu du désert.
Des voitures et des petits camions sont arrêtés un peu partout sur cette plaine brûlante. Le vent fort qui fait voler la poussière ajoute au côté singulier de ce qui s’apparente pour nous à une kermesse.

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On y est, au Naadam de la communauté locale. Cette fête mongole qui signifie « jeux » rassemblent courses de chevaux et combats de lutte sur un même site. Aujourd’hui, en cette fin d’année scolaire, le Naadam est dédié aux enfants. Si les chevaux rapides sont toujours montés par de jeunes enfants, les combats de lutte peuvent accueillir un large public. Mais aujourd’hui seuls les garçons âgés de 6 ans peuvent concourir. Enfin…, les Mongols feront une exception à la règle : un petit Français de 8 ans participera aux combats.
Effectivement avec toute sa spontanéité et son enthousiasme, Merlin nous annonce vouloir participer. « J’ai fait de la lutte à l’école, et en plus ça ressemble un peu au judo… » Il nous surprend et nous fait sourire. Le voilà inscrit.

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Place à la course des chevaux adultes. Montés par des enfants de 5 à 10 ans, les chevaux adultes doivent parcourir une distance de 10 km en ligne. Nous sommes à l’arrivée, il leur faut rejoindre la ligne de départ … à 10 km. Les petits cavaliers enfourchent leurs montures et se lancent dans un échauffement rythmé par des chants collectifs. C’est beau et émouvant… de voir ces beaux destriers montés par de jeunes enfants partir en cadence et en musique … pour disparaître au loin derrière l’horizon.
Bon maintenant, il nous faut attendre… que les chevaux reviennent. Je pressens que le temps va nous sembler long et pénible : il fait super chaud, il n’y pas un poil d’ombre et les deux petits se crêpent le chignon. Mais ça c’était sans compter l’oeil avisé et la bienveillance de notre chauffeur Rdeka qui postionne sa voiture juste au bon endroit pour qu’on puisse bénéficier d’un peu d’ombre tout en scrutant l’horizon. Rdeka a aussi trouvé une activité pour occuper les enfants : le tir aux lézards. Les voilà donc armés de cailloux à viser… sans grande réussite les petits reptiles, nombreux mais très vifs sur ce terrain strérile.

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C’est encore Rdeka qui est là au bon moment pour nous annoncer l’arrivée des chevaux : on aperçoit le nuage de fumée à l’horizon.
Les chevaux approchent vite, leurs petits jockeys manient le fouet dans un mouvement en forme de 8 du bras droit, afin de fouetter le collier gauche et la croupe droite du cheval.

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Avant le départ, nous avions repéré deux petits jockeys : un petit garçon de 5 ans avec un pull orange et un joli petit chapeau traditionnel et une jolie petite jeune fille de 7 ans – la seule fille du peloton.
On aurait pu jouer au tiercé ! C’est la petite fille qui a gagné, suivi de près par notre petit mongol au pull orange. Ils sont beaux comme tout. Et sont tout heureux de poser pour la photo avec nous (on propose à nos enfants de faire une photo, ils refusent. Du coup, je prends la pose avec la petite championne, Yves se joint à moi… et devinez qui se glissent subrepticement sur la photo ?!!!…

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Encore une fois, avec notre regard d’occidentaux, ça nous paraît dingue que ces tous jeunes cavaliers parcourent la steppe en toute autonomie.

Place aux lutteurs maintenant. Avant de combattre, les organisateurs de la fête (on reparlera d’eux plus tard…) offrent à tous les enfants un verre de yaourt mongol et une portion de riz aux raisins. Merlin y a droit : il accepte volontiers pour goûter mais n’apprécie pas autant que ses adversaires.

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Place aux lutteurs. Merlin ouvre les combats. Il est un peu intimidé. Lui comme moi, on cherche le tapis… Il n’y en a pas : c’est sur le sol poussiéreux et caillouteux qu’on lutte.
Le petit garçon de notre guest house lui a donné un cours accéléré en début d’après-midi. Il va quand même être pas mal bousculé mais il s’est très bien débrouillé. Sa pratique du judo lui a permis de bien se défendre… il n’a par contre pas trouvé le moyen de placer une attaque.
C’est son adversaire qui lui a fouetté les fesses (la coutume pour le vainqueur) et qui a tourné autour du drapeau en agitant les bras.

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Mon petit lutteur n’a pas failli et s’est mêlé sans complexe aux petits Mongols : ce fut une grande fierté pour nous, ses parents. Comme tous les participants, il a eu droit à un sac de bonbons et chips et à un joli diplôme officiel sur lequel on retrouve le Dieu de la montagne de ce matin, vous savez celui à qui est dédié la fête, et sur lequel est écrit en mongol qu’il a réussi avec brio son année scolaire (chut… on n’a pas dit au moine qui remettait les diplômes qu’on était un peu hors normes niveau scolaire).

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La lutte est réservée aux garçons. Les petites filles sont spectatrices et ferventes supportrices. Une course de vitesse leur est proposée à l’issue des combats de lutte. Histoire de dire qu’elles ont participé… C’est un peu gênant pour moi. Bujin m’explique la raison de cette exclusion des femmes du sport traditionnel. Du temps de Gengis Khan, une femme a battu les meilleurs lutteurs. Depuis ce temps là, les femmes sont exclues des combats traditionnels. Ça se passait comme ça sous Gengis Khan… et les traditions perdurent. 

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On vit un beau moment de vie mongole. On le prolonge en assistant à la 2e et dernière course de chevaux : la course des poulains sur 6 km. Encore une fois, c’est l’échauffement sous les youyou cadencés des jeunes cavaliers qui me marque. Là encore, c’est un cavalier tout léger qui gagne.

Son gain aujourd’hui ne doit pas être très important : un mouton, une chèvre … Mais sur les Naadams des grandes villes, les enfants gagnent des voitures et deviennent de super stars.

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On rentre à la guest house brûlés par le soleil et la poussière mais ravis d’avoir assisté à ce moment de vie mongole.
On s’offre une bière, un coca pour fêter le combat de Merlin… Avec notre guide et notre chauffeur on partage un moment de calme et de sérénité dans cette petite vallée bien paisible.
Quelle chance de pouvoir vivre ce calme et ce silence mongol….

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On a bien fait d’en profiter… car Naadam n’est pas fini. Tous les organisateurs (vous savez ceux dont je vous ai dit qu’on reparlait) eh bien ils débarquent au restaurant de la guest house où en très peu de temps les propriétaires dressent quatre tables qui regorgent de bouteilles de vodka.

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Nous apercevons les bouteilles alignées sur la table quand une soudaine tempête de sable nous oblige à nous réfugier dans le bâtiment en dur.
Les Mongols sont déjà là… assis bien tranquillement et tout tranquilles. Nous faisons connaissance pendant la petite heure de tempête avec deux Italiens, et trois résidentes Espagnoles… Un moment d’échange européen bien sympa. Au bout d’une petite heure, la tempête semble s’être calmée et on sent que notre présence empêche les Mongols de commencer leur fête.
On dit au revoir à tout le monde et on file dans notre yourte. Il est 21h.
A peine avons-nous fermé notre porte, que le signal est donné : la fête peut commencer. Et là, plus de réserve ni de discrétion. On ne verra rien mais on entendra tout… jusqu’à 3 h 30 du matin.

Les chants traditionnels, les discussions fortes, les enfants qui s’amusent, courent et crient dans la nuit, la porte du bâtiment qui ne cesse de claquer… les besoins naturels (toute la panoplie 😦 soulagés à deux pas de notre yourte… J’imagine la scène qui se joue juste à côté de nous…

Je suis relativement détendue (je me surprends d’ailleurs) : le voyage a du bon > je sais faire preuve de lâcher prise. J’ai normalement un seuil de tolérance assez bas lorqu’il s’agit de supporter les buveurs… J’arrive même à m’endormir… une petite heure.

Mais je suis réveillée par une lumière pointée sur mon visage : un Mongol passe le nez par la porte de la yourte… Un peu fatigué, il cherche certainement à se reposer. Mais là : je crie ! Il en ressort comme il est entré… mais c’en est finie de ma nuit.

Je tourne en rond, les enfants dorment. Yves finit par se réveiller aussi.
Un deuxième mongol tentera une autre intrusion. Que je repousserai encore avec ma grosse voix. 

Je suis tendue mais même pas énervée … à quoi bon ? On est chez eux : cette façon de faire la fête à s’en mettre minable me désole mais je ne me sens pas la légitimité ni la compréhension de leur mode de vie suffisante pour me permettre d’intervenir et de m’énerver. En France, je suis certaine que je n’aurai pas vécu le moment de la même façon.

Vers 3h 30, les participants quittent la soirée par un petit concert de klaxons… Qui ne réveille même pas les enfants…

Quelle situation improbable cette fête un lundi soir ! On s’en rappellera de cette fête Naadam … Buji nous précisera le lendemain qu’à la campagne il n’y a pas de semaine pas de week-end. Le temps n’est pas le même qu’à la ville.
La vie est rude en Mongolie : ces moments de convivialité extrêmes semblent être des moments clés à l’équilibre des habitants.
Notre guide nous avouera quand même que la vodka – apportée par les Russes lors de leur colonisation- est un fléau pour une partie de la population mongole. Même si selon elles, les jeunes semblent s’en éloigner.
Lors de notre road trip, on a observé et on continuera d’observer très fréquemment des cadavres de bouteilles de vodka abandonnées dans la steppe.
Et avec tout ça : on n’a encore pas goûté à cette fameuse vodka.

Mardi 5 : Derniers moments dans le Gobi  (Yves)

Cela vous est déjà arrivé de vous réveiller la tête à l’envers comme si vous aviez fait la fête toute la nuit ? Alors vous savez, ce que l’on a vécu ce matin… 

Il est 6 h 15 lorsque le réveil nous fauche en plein rêve. Quoi ? Déjà ? Mais cela fait à peine deux heures et demi que l’on s’est endormi. C’est comme si on avait la gueule de bois et pourtant, je vous jure, on n’a pas bu une goutte de vodka, hier soir (PS : on aurait peut-être dû en boire d’ailleurs). On ouvre la porte de notre yourte et c’est comme s’il ne s’était rien passé. La rivière coule toujours paisiblement dans un océan de verdure au pied de notre campement. Il y a des chevreaux qui s’amusent sur le toit de la colline. Et on au loin, on aperçoit même une chamelle qui veille sur ses petits. 

Pourtant, on n’a pas rêvé. Il y a bien eu (un peu) de bruit cette nuit ??  On frappe à la porte de la cahute de Rdeka et de Bujin, mais ils ont disparu !!!! A l’intérieur, il y a un mongol qui ronfle enroulé dans son manteau traditionnel sur la paillasse de Rdeka. Un peu plus loin, un couple enlacé dort tout habillé sur le lit de Bujin. Et pour compléter le tableau, il y a un enfant qui rêve sur la dernière paillasse. Mais où sont donc passés notre guide et notre chauffeur ?
Finalement, après cinq minutes d’inquiétude, nous les apercevons sortir d’une yourte située à l’autre extrémité du camp. Eux aussi, ont les yeux tout boursouflés, même si Rdeka nous affirme avoir très bien dormi.

« Merdasse (PS : c’est l’expression favorite de Bujin quand il y a un truc qui ne colle pas), la nuit a été difficile.. » 

Bujin nous explique qu’ils ont déménagé au milieu de la nuit pour fuir le brouhaha de la fête. Mais que cela n’a pas été une franche réussite. « On a juste un peu mieux entendu les coups de klaxons quand les gens se disaient au revoir sur le parking… » 

On en rigole tous ensemble. On n’est pas près d’oublier notre premier Naadam en Mongolie ! 

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Malgré cela, nous quittons Ongiin à l’heure prévue (6 h 45). Aujourd’hui, nous mettons le cap sur Kharkhorin (appelée aussi Karakorum), l’ancienne capitale de l’empire mongol, située à 250 km de pistes plus au nord. Ce qui représente environ six heures de route.
Au fil des kilomètres, nous tournons peu à peu le dos au désert du Gobi pour (re) goûter à l’immensité des steppes. 

La couleur ocre laisse progressivement sa place au vert, mais le décor est toujours aussi grandiose. Ce qui ne veut pas dire que la vie est plus facile ici que dans le désert. Plus nous nous enfonçons dans les steppes, et plus nous sommes interpellés par le nombre d’animaux morts sur le bord du chemin. 

Vaches, moutons, chevaux, chameaux, des dizaines de cadavres jonchent la steppe. Certains dans un état de décomposition avancé. D’autres, comme s’ils s’étaient endormis hier et avaient juste oublié de se réveiller. C’est la loi de la nature ici. Seuls les plus forts s’en sortent. Or l’hiver a été particulièrement rude cette année. En Mongolie, contrairement à chez nous, on ne ramasse pas les cadavres. À la fin de l’hiver, l’éleveur dresse un état des lieux de son troupeau. Il continue son chemin avec les bêtes qui sont toujours debout. Pour les autres, la steppe sera leur seul linceul.

C’est l’occasion d’aborder le thème de la mort avec Bujin Les Mongols, qui croient beaucoup aux esprits, ont une relation à la mort complètement différente de la nôtre. Elle nous explique que ce sont les moines qui déterminent dans les sept jours suivant le décès ce qu’il doit advenir du corps des défunts. Certains sont enterrés comme chez nous. Les autres laissés à même le sol dans un linge de soie. Ici, on ne retourne pas (ou quasiment pas) visiter ses morts une fois qu’ils ont rejoint l’au delà. Bujin nous explique que lorsqu’un nourrisson meurt en Mongolie, son père le drape de soie et l’emporte sur sa moto pour aller le rendre aux dieux de la steppe. Lorsqu’il estime avoir trouvé l’endroit idéal, il pose le petit corps sur le sol et rentre chez lui. Ainsi va la vie.

D’où venons-nous ? Que sommes-nous ? Où allons-nous ? s’interrogeait Paul Gauguin dans l’une de ses dernières œuvres magistrales réalisées à Tahiti.

S’il y a bien une chose que ce voyage nous a appris, c’est quel que soit l’endroit où on vit sur cette terre, nous sommes tous traversés par les mêmes questions existentielles. Et il n’y pas une réponse meilleure qu’une autre.

Cette parenthèse philosophique refermée, il est près de 15 h lorsque nous arrivons enfin à notre yourte d’hôtes sur les hauteurs Kharkhorin. 

Après une petite sieste et quelques messages à la famille (on n’avait pas entraperçu l’ombre d’une connexion wifi depuis Oulan Bator), nous finissons la journée pas un petit temps d’école (peu efficace !) et une balade sur la colline. Il fait un froid de canard, mais nous nous sentons revigorés par cet air vivifiant. Même si on ne fera pas de vieux os. 

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Sitôt le dîner avalé, nous filons nous coucher. Manque de bol, il y a un groupe d’étudiants en goguette dans la yourte voisine. Cette fois, nous ne les laisserons pas faire le bazar toute la nuit. À 11 h, Estelle se lève pour leur demander de se taire. Ce qu’ils feront dans la foulée. Ils peuvent s’estimer heureux, du temps où Gensis Khan régnait sur Kharkhorin, on leur aurait sûrement coupé la tête. 

Un Naadam ça va. Deux, bonjour les dégâts ! 

Les photos

Une réflexion sur “On n’a pas été privé de désert dans le Gobi

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